Mardi 22 juillet 2008

 



Vague à Biarritz

 

 

 

Elle se forme au large

ondulante elle avance rapidement

s’enfle et se soulève

s'effile à mesure qu'elle s'élève

un ourlet blanc borde sa crête

son eau devient verte

le vent d'est tire de son écume

de longs filaments

juste avant sa chute

aux abords du rivage

dans un écroulement furieux et blanc



                                          Le Basséen

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Vendredi 18 juillet 2008



Le ciel est, par-dessus le toit,

si bleu, si calme !

Un arbre, par-dessus le toit,

berce sa palme.

 


La cloche, dans le ciel qu'on voit ,

doucement tinte.

Un oiseau sur l'arbre qu'on voit

chante sa plainte.

 


Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là

simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

vient de la ville.

 


Qu'as-tu fait, ô toi que voilà

pleurant sans cesse,

dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,

de ta jeunesse ?

 

 

                       Paul Verlaine

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Mercredi 16 juillet 2008



La complainte de Rutebeuf

 

………………………………………...

Que sont mi ami devenu

Que j'avoie si pres tenu

Et tant amé ?

Je cuit qu'il sont trop cler semé ;

Il ne furent pas bien femé,

Si sont failli.

Itel ami m'ont mal bailli,

C'onques, tant com Diex m'assailli

En maint costé,

N'en vi un seul en mon osté.

Je cuit Ii vens les a osté,

L'amor est morte.

Ce sont ami que vens enporte,

Et il ventoit devant ma porte

Ses enporta,

C'onques nus ne m'en conforta

Ne du sien riens ne m'aporta.

Ice m'aprent

Qui auques a, privé le prent ;

Més cil trop a tart se repend

Qui trop a mis

De son avoir por fere amis,

Qu'il nes trueve entiers ne demis

A lui secorre.

Or lerai donc fortune corre

Si entendrai a moi rescorre

Se jel puis fere.

Vers mes preudommes m'estuet trere

Qui sont cortois et debonere

Et m'ont norri.

Mi autre ami sont tuit porri :

Je les envoi a mestre Orri

Et se Ii lais.

……………………………………….....

 

                                Rutebeuf

 

 

 

 

 

 

Traduction en français moderne


  

La complainte de Rutebeuf

 
………………………………………..............

Que sont devenus mes amis

Qui m'étaient si intimes

Et si chers ?

Je crois qu'ils sont bien rares :

Faute de les avoir entretenus,

Je les ai perdus.

Ces amis m'ont maltraité

Car jamais, tant que Dieu m'a assailli

De tous côtés,

Je n'en vis un seul chez moi.

Je crois que le vent les a dispersés

L'amitié est morte :

Ce sont amis que vent emporte

Et il ventait devant ma porte ;

Aussi furent-ils emportés

Si bien que jamais personne ne me consola

Ni ne m'apporta un peu de son bien.

Voici la leçon que j'en tire :

Le peu qu'on a, un ami le prend,

Tandis qu'on se repent trop tard

D'avoir dissipé

Sa fortune pour se faire des amis,

Car on ne les trouve pas décidés à vous aider

En tout ou en partie.

Maintenant je laisserai la Fortune tourner sa roue

Et m'appliquerai à me tirer d'affaire

Si je le puis.

Il me faut aller vers mes loyaux protecteurs

Qui sont délicats et généreux

Et qui m'ont déjà secouru.

Mes autres amis se sont gâtés :

Je les envoie à la poubelle de Maître Orri

Et les lui abandonne.

……………………………….............................

 

                                                 Rutebeuf

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Vendredi 11 juillet 2008

Voici la mairie de La Bassée telle quelle existait avant la guerre de 1914 / 1918. Construite au 18ème siècle, elle était située sur l'actuelle avenue Jean-Baptiste Lebas. Elle occupait un emplacement qui, approximativement, touchait l'actuel Crédit du Nord jusqu' à la salle des fêtes (anciennement Cinévox).

Le Basséen.
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Mardi 8 juillet 2008



Le chien et le flacon

 

 

 

          « - Mon beau chien, mon bon chien, mon cher

toutou, approchez et venez respirer un excellent

parfum acheté chez le meilleur parfumeur de la

ville. »

          Et le chien, en frétillant de la queue, ce qui est, je

crois, chez ces pauvres êtres, le signe correspondant

du rire et du sourire, s'approche et pose curieusement

son nez humide sur le flacon débouché ; puis,

reculant soudainement avec effroi, il aboie contre moi,

en manière de reproche.

          « - Ah ! misérable chien, si je vous avais offert un

paquet d'excréments, vous l'auriez flairé avec délices

et peut-être dévoré. Ainsi, vous-même, indigne

compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au

public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums

délicats qui l'exaspèrent, mais des ordures

soigneusement choisies. »

 

 

                                        Charles Baudelaire

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Vendredi 4 juillet 2008






Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au Soleil,

A point perdu cette vêprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

 

 

Las ! Voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place,

Las ! Las ! ses beautés laissé choir !

Ô vraiment marâtre Nature,

Puisqu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

 

 

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que votre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse

Fera ternir votre beauté.

 

 

         Odes l

Pierre de Ronsard



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Mercredi 2 juillet 2008



                      A la musique




                                     Place de la gare, à Charleville. 





Sur la place taillée en mesquines pelouses,

Square, où tout est correct, les arbres et les fleurs,

Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs

Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

- L'orchestre militaire, au milieu du jardin,

Balance ses schakos dans la Valse des fifres :

- Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;

Le notaire pend à ses breloques à chiffres :




Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :

Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames

Auprès desquelles vont, officieux cornacs,

Celles dont les volants ont des airs de réclames ;




Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités

Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,

Fort sérieusement discutent les traités,

Puis prisent en argent, et reprennent : « En somme !... »




Épatant sur son banc; les rondeurs de ses reins,

Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,

Savoure son onnaing d'où le tabac par brins

Déborde - vous savez, c'est de la contrebande ; -




Le long des gazons verts ricanent les voyous ;

Et, rendus amoureux par le chant des trombones,

Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious

Caressent les bébés pour enjôler les bonnes...




- Moi, je suis, débraillé comme un étudiant

Sous les marronniers verts les alertes fillettes :

Elles le savent bien, et tournent en riant,

Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.




Je ne dis pas un mot : je regarde toujours

La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :

Je suis, sous le corsage et les frêles atours,

Le dos divin après la courbe des épaules.

J'ai bientôt déniché la bottine, le bas...

- Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.

Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...

- Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres ...

 

                                                               Arthur Rimbaud

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Vendredi 27 juin 2008


Rue de Lens après 1945. Photo prise en tournant le dos au pont du canal.

Le camion au premier plan à gauche est garé devant une grande grille noire. Elle fermait l'allée qui menait à l'école des filles et à l'école maternelle. Dans la première maison après la grille, étaient logés Mr Et Mme Bonhour dans les années 1955. Madame était la directrice de l'école maternelle et monsieur était l'instituteur qui préparait au certificat d'études à l'école des garçons rue des Casernes.

Le Basséen.
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Mardi 24 juin 2008

« Les grandes pensées viennent du cœur »

 

Lorsqu'une pensée est trop faible pour porter (1) une expression simple, c'est la marque pour la rejeter (2).

La clarté orne les pensées profondes.

L'obscurité est le royaume de l'erreur.

Il ne faut point juger les hommes par ce qu'ils ignorent, mais par ce qu'ils savent et par la manière dont ils savent.

Avant d'attaquer un abus, il faut voir si on peut ruiner (3) ses fondements.

Il faut tout attendre et tout craindre du temps et des hommes.

Ce n'est pas un grand avantage d'avoir l'esprit vif, si on ne l'a juste: la perfection d'une pendule n'est pas d'aller vite, mais d'être réglée.

C'est un grand signe de médiocrité de louer (4) toujours modérément.

Les femmes et les jeunes gens ne séparent point leur estime (5) de leurs goûts.

On doit se consoler de n'avoir pas les grands talents comme on se console de n'avoir pas les grandes places. On peut être au-dessus de l'un et de l'autre par le cœur.

Les grandes pensées viennent du cœur.

La raison et la liberté sont incompatibles avec la faiblesse.

Le sentiment (6) de nos forces les augmente.

Si la passion conseille quelquefois plus hardiment que la réflexion, c'est qu'elle donne plus de force pour exécuter.

Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir.

L'activité fait plus de fortunes que la prudence.

Qui condamne l'activité condamne la fécondité. Agir n'est autre chose que produire; chaque action est un nouvel être qui commence, et qui n'était pas. Plus nous agissons, plus nous produisons, plus nous vivons, car le sort des choses humaines est de ne pouvoir se

maintenir que par une génération continuelle.

 

 

                     Introduction à la connaissance de l’esprit humain, 1746

                              Luc de Clapiers marquis de Vauvenargues

 

 

 

 

 

1. Supporter. - 2. Le signe qu'il faut la rejeter. - 3. Détruire. - 4. Donner des louanges, approuver. - 5. I‘évaluation rationnelle qu'ils font des choses ou des gens. - 6. La conscience que nous avons.

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Vendredi 13 juin 2008

 

 

Le vase où meurt cette verveine

D'un coup d'éventail fut fêlé;

Le coup dut l'effleurer à peine:

Aucun bruit ne l'a révélé.

 


Mais la légère meurtrissure,

Mordant le cristal chaque jour,

D'une marche invisible et sûre,

En a fait lentement le tour.

 


Son eau fraîche a fui goutte à goutte,

Le suc des fleurs s'est épuisé;

Personne encore ne s'en doute,

N'y touchez pas, il est brisé.

 


Souvent aussi la main qu'on aime,

Effleurant le cœur, le meurtrit;

Puis le cœur se fend de lui-même,

La fleur de son amour périt;

 


Toujours intact aux yeux du monde,

Il sent croître et pleurer tout bas

Sa blessure fine et profonde;

Il est brisé, n'y touchez pas.

 

                
                    Les Solitudes

                 Sully Prudhomme

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